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Vincent d’Aquino, acteur d’une pêche locale

7 décembre 2020. Sète. Pêche au thon rouge en Méditerranée avec Vincent D'Aquino. © Théo Giacometti

À 41 ans, Vincent d’Aquino, marin-pêcheur depuis son plus jeune âge, incarne une pêche enracinée dans son territoire. Engagé dans la transmission, attentif aux évolutions climatiques, il défend une pêche artisanale, responsable et résolument locale.

La mer dans les veines

Pour Vincent d’Aquino, la pêche a toujours été une évidence. Né à Sète, au cœur d’une famille de pêcheurs, le métier de marin-pêcheur a toujours été pour lui la voie naturelle : « Dès mon plus jeune âge j’ai accompagné mes proches à la pêche », explique-t-il. À 14 ans, il intègre l’école maritime et enchaîne les formations : CAP matelot, CAPPP pour devenir patron de petite pêche en étang, diplôme de plongée (mention B) pour embarquer sur les thoniers, puis CAPT 200 pêche. Aujourd’hui, il possède deux navires — Magali Lucie Manon et Lucie Manon — et pratique à la fois la pêche en mer, où il traque le thon rouge, et en étang, où il cible dorades, loups, soles ou mulets.

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« Ce métier, c'est aussi des sacrifices. Mais l'envie, c'est 50% du travail. »
Vincent d'Aquino

Un quotidien au rythme des poissons

La journée type de Vincent dépend des espèces ciblées. Lorsqu’il sort en mer pour le thon, il commence vers 7h : préparation du bateau, de la glace, route vers le lieu de pêche, pose des cannes. À son retour, le bateau est nettoyé, tout comme le matériel. Pour la dorade, en revanche, le rythme est inversé : filets posés entre 17h et 18h, retour à terre vers 21h, puis nouvelle sortie entre minuit et 1h pour relever les filets. Suivent alors le nettoyage du poisson, des filets, le glaçage, et enfin un peu de repos, souvent à l’aube, vers 5h ou 6h. Un rythme exigeant, fait de nuits courtes et d’efforts physiques, mais jamais Vincent ne se plaint. « Ce métier, c’est aussi des sacrifices, surtout pour la vie de famille. Mais l’envie, c’est 50% du travail. » Il vend essentiellement en circuit court : aux restaurants et aux particuliers.

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© Théo Giacometti

Une pêche en équilibre, sous pression climatique

Depuis quelques années, Vincent voit son métier évoluer. La météo se dérègle, les prises diminuent. « La dorade partait de l’étang mi-septembre il y a dix ans. Aujourd’hui, on peut encore en pêcher en décembre. » observe-t-il. Le changement climatique modifie les saisons, les comportements des poissons, les conditions de pêche. Et les plaisanciers, plus nombreux, compliquent le quotidien des professionnels.

 

Mais s’adapter, c’est aussi apprendre. « Les quotas ont été durs à accepter au départ, mais ils permettent de mieux valoriser le poisson. » La technologie, avec les sondeurs dernier cri, aide également à mieux comprendre les trajectoires des bancs. « Il y a plus de règles, plus d’administratif, mais on s’y fait. Je préfère faire mes papiers tranquillement le soir, à la maison, plutôt que de les bâcler sur le bateau après une journée de pêche. »

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© Théo Giacometti

Un métier à transmettre

Malgré les difficultés, Vincent ne se verrait pas faire autre chose. Pour lui, chaque jour est unique. « Mon plus grand plaisir après une journée en mer, c’est de prendre une douche ! », affirme le marin-pêcheur, taquin. Jamais il n’a remis en question son métier, et jamais il n’imaginerait faire un autre travail. Il décrit ce lien profond avec la mer, ce silence habité qu’on ne trouve qu’au large : « parfois, même avec un matelot, on se sent seul au monde. » Ce qu’il souhaite aujourd’hui, c’est transmettre. Partager l’amour de la mer, du travail bien fait, du respect du vivant. Mais les jeunes ont du mal à se lancer : le coût d’un bateau, les charges et les contraintes sont lourdes. Alors, pour redonner ses lettres de noblesse à la pêche artisanale, il appelle à une meilleure valorisation du métier : « Il faudrait plus de communication sur notre travail. Mettre en avant le local, le circuit court. »

 

Vincent d’Aquino incarne cette génération de pêcheurs pour qui la mer est à la fois un héritage, une passion et une cause à défendre. Attaché à son territoire, fidèle à une pêche raisonnée, il navigue entre traditions et innovations, sans jamais trahir l’essence de son métier. Il nous rappelle que derrière chaque poisson servi en assiette, il y a des nuits blanches, du courage, un profond respect pour la mer et une histoire de transmission.

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© Théo Giacometti

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