Newsletter FTP
Je veux recevoir la newsletter France Terre de Pêches
Rougets barbet à la criée de Boulgne-sur-Mer

Situé sur la Côte d’Opale, Boulogne-sur-Mer est le premier port de pêche français et la première place de transformation de produits de la mer en Europe. Avec sa flottille d’une centaine de navires, ses 70 espèces de poissons vendues quotidiennement et ses 33 000 tonnes de poisson frais débarquées par an, la troisième ville la plus peuplée du Pas-de-Calais rayonne dans la filière pêche (et au-delà !). Preuve en est : un quartier entier – Capécure – est dédié au négoce et à la transformation des poissons. Mais qui fait vivre cette immense zone d’activité ? Quels métiers y opèrent ? Plongeons ensemble dans cette halle à marée de près de 9500 m², à la rencontre des femmes et des hommes qui, chaque nuit, font battre le cœur de la première criée de France.

Il est 5 heures du matin. Dans la salle des ventes, l’agitation commence à monter : c’est le début des ventes à la criée. Cette dernière a lieu du lundi au samedi – une spécificité boulonnaise. Le grand amphithéâtre accueille alors les agents de criée (ou opérateurs de vente) et les acheteurs, qui sont très souvent des mareyeurs. Derrière eux sont installés les écoreurs : ils recensent la quantité de poisson capturé et fixent la fourchette de prix des lots. Car ici, tout se fait aux enchères descendantes, en présentiel ou à distance.

IMG 1127 scaled

Trois cadrans trônent face aux acheteurs : un pour chaque vente en cours. On y trouve des informations clés pour l’achat : zone et technique de pêche, poids du lot, nom du bateau, espèce et qualité du poisson, tonnage par espèce mise en criée et tonnage disponible, etc.

Contrairement à ce que son nom suggère, la criée est étonnamment silencieuse. L’informatique régule tout.

 

6h : les ventes prennent fin. “Ici, tout va très vite, tout est une course contre la montre. Les départs de camion régulent le timing.”, souffle Christophe Radenne, contrôleur au sein de l’organisation de producteurs FROM Nord.

IMG 1203 scaled
Christophe Radenne, contrôleur au sein de l’organisation de producteurs FROM Nord

Une organisation millimétrée

Derrière cette mécanique parfaitement huilée, un homme chef d’orchestre de la criée : Gildas Dubois, Chef du service de la Marée à Boulogne-sur-Mer avec à sa charge la supervision des contrôleurs, des opérateurs de vente, des équipes de nettoyage et des services administratifs. Sous la halle, rien ne lui échappe.

C’est également lui qui entretient un lien constant avec les Affaires maritimes, les organisations de producteurs et l’Ifremer. Il veille au respect des règles, à la traçabilité, mais aussi à l’innovation : après avoir piloté la modernisation de la criée pendant six ans pour l’informatiser, il mène aujourd’hui deux chantiers majeurs — le remplacement du logiciel de vente et la réfection du système de froid (qui implique de changer ce système sur 7000m de modules, sans rompre la chaîne du froid), pour garantir une conservation optimale des produits. Tout cela devrait fonctionner d’ici 2026-2027. Les fileyeurs et les caseyeurs qui ne débarquent pas à la criée se verront eux aussi dotés, sur le quai Gambetta, d’unités de pesée, ainsi que de l’eau et l’électricité, facilitant la vente directe sur les étals du marché aux poissons.

 

La halle à marée, cœur battant des ventes et des échanges

La halle à marée de Boulogne-sur-Mer peut accueillir jusqu’à 20 000 caisses de poisson simultanément. D’ailleurs, gare à ceux qui ne les ramènent pas dans les 48 heures : c’est l’amende assurée ! Ici, les campagnes de pêche, souvent courtes (48 à 72 heures) au regard de la proximité des zones de pêche, garantissent un produit ultra-frais, à la hauteur des exigences des 97 acheteurs réguliers (locaux essentiellement et quelques étrangers). Lieu noir, encornet, coquille Saint-Jacques, rouget barbet, maquereau : chaque jour, et selon les saisons, près de 70 espèces différentes passent entre les mains des équipes.

 

Au sein de cette immense halle à marée, certaines sociétés jouent un rôle essentiel dans la circulation des produits de la mer. Parmi elles, Unipêche, une société d’agents de bateaux. Celui qui en parle le mieux, c’est Nicolas Petitjean, que nous avons rencontré de bon matin : “Les navires nous confient leur pêche, et nous la vendons au meilleur prix aux mareyeurs de Boulogne ou à des clients extérieurs”, explique-t-il.

IMG 1163 scaled
Nicolas Petitjean, agent de bateaux chez Unipêche 
Scale down
« Les navires nous confient leur pêche, et nous la vendons au meilleur prix aux mareyeurs de Boulogne ou à des clients extérieurs »
NICOLAS PETITJEAN

L’entreprise, spécialisée dans l’écorage – c’est-à-dire la gestion des lots débarqués et leur mise en vente, une spécialité boulonnaise, – fait aussi le lien administratif et logistique avec les armements.

Basée au cœur du port, Unipêche s’appuie sur une équipe de 25 personnes, réparties entre le pôle administratif, des chauffeurs polyvalents et quatre spécialistes chargés d’amener les bateaux à quai. Grâce à leur propre flotte de camions frigorifiques, ils assurent une logistique fluide sur tout le littoral, jusqu’à Roscoff. Une logistique bien rodée, indispensable pour maintenir la fraîcheur des produits et la continuité des échanges entre ports.

Avant de prendre la direction des camions frigorifiques, le poisson passe souvent entre les mains de sociétés de mareyage, spécialisées dans le conditionnement. Certaines se chargent de préparer les lots en fonction des besoins : poissons entiers reconditionnés, filets levés à la main ou portions prêtes à partir. À Boulogne-sur-Mer, c’est notamment le rôle de Vives-Eaux, via sa filiale Les Produits Côtiers. Installée sur le port depuis les années 1960, elle transforme chaque jour les arrivages de la criée pour les restaurateurs, poissonniers ou exportateurs avant que les produits ne prennent la route vers toute l’Europe.

Le transport, un maillon essentiel pour transporter le poisson jusqu’à l’assiette

Une fois les lots vendus, une nouvelle course s’engage : celle de l’expédition. Car derrière les portes de la criée, une autre course démarre : celle du transport. Chaque jour, des dizaines de camions frigorifiques quittent Boulogne-sur-Mer pour irriguer la France et l’Europe en produits de la mer ultra-frais. Parmi les acteurs clés de cette logistique, le groupe Delanchy et sa filiale Copromer Transports tiennent une place clé.

IMG 1193 scaled
Eddy Mouquet, directeur du site de Delanchy à Boulogne-sur-Mer

“Delanchy, c’est un réseau d’agences fort de 4500 personnes et de 1000 camions. Notre métier : faire circuler le poisson. Le produit est mort, mais il n’attend pas !”, résume Eddy Mouquet, directeur du site à Boulogne-sur-Mer. “Nous garantissons à nos clients que le poisson confié sera acheminé dans les temps là où il faut.”

 

Avec 4 500 collaborateurs et 1 000 camions répartis dans un large réseau d’agences (de la Suisse à l’Espagne, en passant par l’Italie), Delanchy est un maillon essentiel du système boulonnais. Sur le seul site de Capécure, ce sont 250 collaborateurs, 56 camions et 83 chauffeurs qui assurent chaque année la prestation logistique et le transport de 120 000 tonnes de poissons. Ici, 95 % de l’activité est liée à la marée. Le rythme est effréné : 35 départs par jour sillonnent le pays, dans un flux ultra-tendu où chaque minute compte. Les équipes ne savent pas toujours à l’avance ce qu’elles transporteront : elles s’adaptent aux arrivages et aux ventes du jour. Leur mission ? Optimiser, grouper, partir à l’heure. “Nous sommes des passeurs”, souligne Eddy Mouquet.

 

Scale down
« Nous garantissons à nos clients que le poisson confié sera acheminé dans les temps là où il faut. »
EDDY MOUQUET

De la criée à l’assiette, en passant par la halle à marée, la transformation et même la route (!), chaque maillon de la filière boulonnaise agit avec rigueur et passion pour garantir la fraîcheur des produits qu’elle promeut. Et derrière les chiffres, ce sont avant tout des femmes et des hommes qui font vivre un savoir-faire collectif, à la fois ancré dans la tradition et tourné vers l’avenir. À Boulogne-sur-Mer, la mer ne fait pas que nourrir les populations : elle fédère et fait rayonner tout un territoire.

 

Pour en savoir plus :

 

Plus de sujets