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Arnaud Charlopin, Faire entendre la voix des pêcheurs

Cinquième génération de pêcheurs, héritier d’un savoir-faire revendiqué, patron de plusieurs unités côtières et aujourd’hui vice-président du Comité des pêches de Charente-Maritime, Arnaud Charlopin cumule plusieurs responsabilités. Plusieurs fonctions mais une même ligne d’horizon : un attachement viscéral à la mer, au métier, et à une pêche qu’il défend sur le temps long, loin des discours radicaux. 

À bientôt 40 ans, Arnaud Charlopin n’a pourtant pas suivi un parcours tout traçé “J’ai un parcours atypique”, reconnaît-il. À sa sortie du collège, au début des années 2000, le secteur de la pêche traverse une période difficile. Ses parents l’encouragent à explorer d’autres horizons même si c’est son père qui lui a transmis son amour de la mer, et son respect. Cuisine, plomberie, petits boulots…

 

Arnaud Chalopin cherche sa voie, sans jamais renoncer à la mer, puisqu’il continue d’y occuper son temps libre et qu’il passe des certifications maritimes. C’est après sa majorité que le passionné revient pleinement à la pêche. Il rejoint un organisme de formation, obtient ses diplômes et achète sa première entreprise de pêche deux mois plus tard. “Je pense que c’est le métier qui m’a choisi”, confie-t-il. Un métier qu’il aime profondément, mais dont il mesure aussi les fragilités. 

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Arnaud Charlopin et son père © Arnaud Charlopin

Une pêche polyvalente et assumée

Aujourd’hui, Arnaud Charlopin travaille seul à bord de deux petites unités : un chalutier de 6,99 mètres, cœur de son activité, et un fileyeur de 6,66 mètres. Des bateaux de moins de 7 mètres, pensés pour la polyvalence. Chalut, ligne, filet, casier, drague, son navire est un couteau suisse, capable de s’adapter aux saisons, à la météo et aux espèces disponibles. 

  

Cette polyvalence n’est pas un hasard. Elle répond à une conviction forte, limiter l’impact sur la ressource. “Toucher plus d’espèces, mais avec des rendements plus élevés et donc moins d’impact”, explique-t-il. Une stratégie qui lui permet aussi de sécuriser son activité avec “une corde de plus à son arc” face aux aléas de la profession et aux bouleversements liés au réchauffement climatique, aux contrôles à répétition et à l’inertie. 

  

Ses journées en mer s’organisent elles-aussi au rythme des espèces ciblées avec des sorties nocturnes pour les filets de surface, des marées de 24 heures pour les poissons de fond, et parfois deux sorties par jour en été. Ici, pas de routine figée, “c’est la mer qui décide” rappelle le marin-pêcheur. 

  

Arnaud Charlopin a fait le choix de rester seul à bord. Non par goût de l’isolement, mais pour être plus libre. Il peut ainsi modifier un plan de pêche au dernier moment, changer d’espèce visée, partir plus tôt ou plus tard selon les conditions. Une souplesse précieuse dans un métier qu’il décrit comme de plus en plus contraint. “On a choisi la pêche pour être libre. Aujourd’hui, on nous demande de rendre de plus en plus de comptes : horaires, zones, déplacements… Ça enlève du charme au métier.” À cela s’ajoute la difficulté croissante de recruter des matelots, prêts à accepter un rythme exigeant. “Les horaires, les nuits, les week-ends… Il faut être prêt à suivre ce rythme. 

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« Les horaires, les nuits, les week-ends… Il faut être prêt à suivre ce rythme. »
Arnaud Charlopin

S’engager pour peser dans la filière

Depuis ses débuts, Arnaud Charlopin a vu la politique de quotas se durcir, les contrôles se multiplier, les restrictions s’accumuler. Il pêche au sein de l’une des plus grandes aires marines protégées de France, le Parc naturel marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis, avec les contraintes supplémentaires que cela implique. “On ne sait pas trop où on va”, explique-t-il. Une incertitude qui fragilise particulièrement la petite pêche côtière.  

  

C’est ce qui l’a conduit à s’engager dans les instances professionnelles. Investi depuis deux mandats au Comité des pêches, il est aujourd’hui vice-président départemental. Une fonction qu’il n’a pas sollicitée : “On m’a mis le poste dans les pattes parce que mes prises de position étaient jugées intéressantes. 

  

Son objectif : défendre une vision de long terme, porter les réalités du terrain, éviter les décisions déconnectées des réalités vécues en mer. Il estime que les pêcheurs doivent être davantage associés aux arbitrages qui concernent leur avenir. “Trop souvent, les mesures sont prises par des gens de bureau, éloignés du terrain”, regrette-t-il. Lui ne s’oppose ni à la science ni à la gestion des ressources bien au contraire. Il collabore régulièrement avec les scientifiques, met ses bateaux à disposition pour des campagnes de suivi, participe à des actions de repeuplement, celui des civelles notamment.  

  

Mais il refuse les extrêmes. “Ni tout pêcher, ni tout interdire !” Il plaide pour une gestion plus réactive, capable de s’adapter aux cycles naturels. “La mer fonctionne par phases. Certaines espèces disparaissent, puis reviennent.” Le maigre en est un exemple frappant, tout comme la civelle, dont il observe aujourd’hui une forte recrudescence. “Quand les voyants sont au vert, il faut savoir rouvrir les vannes”. Or, observe-t-il, les droits de pêche sont plus facilement retirés que réattribués, lorsque la ressource le permet. 

 

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© Arnaud Charlopin
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« Trop souvent, les mesures sont prises par des gens de bureau, éloignés du terrain. »
Arnaud charlopin

Transmettre, expliquer, montrer

Pour Arnaud Charlopin, pêcher ne suffit plus. Il faut aussi expliquer. Car il observe un fossé grandissant entre la réalité du métier et l’image véhiculée dans l’espace public. “La pêche est moins bien aimée qu’avant”, constate-t-il. Pour y répondre, il a fait construire un bateau capable d’accueillir du public. Journalistes, vidéastes, citoyens curieux ou critiques, Arnaud Charlopin ouvre son pont à ceux qui doutent. “Je leur dis : venez voir. Après, vous pourrez parler.” Une marée suffit souvent à changer le regard.  

  

Cette volonté de transmission passe aussi par les réseaux sociaux, et des vidéos parfois engagées, notamment sur la pollution plastique. Bien avant qu’un contenu ne fasse le buzz, Arnaud Charlopin ramassait déjà quotidiennement des déchets en mer. “Dépolluer a toujours fait partie du métier de marin-pêcheur”.  

  

Ce partage est ce qui donne du sens à son travail. Parmi ses plus beaux souvenirs, Arnaud Charlopin évoque une sortie avec une écolière de son village, récompensée pour son investissement scolaire sur un projet lié à la pêche. Ce jour-là, un phoque apparaît au large. “À travers ses yeux, j’ai revu la beauté de mon métier. Ça valait tout l’or du monde.” Ce moment, il le raconte comme une parenthèse suspendue. Un instant où la mer, le vivant et la transmission se rejoignent.  

  

Lucide, parfois inquiet, mais toujours passionné, Arnaud Charlopin continue d’avancer. Parce que malgré tout, la ressource est là. Et parce que tant qu’il y aura de la mer, il y aura des pêcheurs pour la vivre. 

 

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© Arnaud Charlopin

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