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Marc Perrault, « Si on me redonnait 16 ans, je referais le même métier »

Quatrième génération de marin-pêcheur, Marc Perrault a grandi à Étaples, dans une famille où la pêche est une évidence. En quarante ans de navigation, il aura connu les chalutiers hauturiers, la pêche au bulot, les senneurs thoniers, le balisage aux Seychelles ou encore la gestion d’une flotte à terre. À travers son histoire, c’est toute la diversité des métiers de la pêche qui apparaît.

Une vocation en héritage

Chez les Perrault, la pêche est avant tout une affaire de transmission. Côté paternel, Marc est fils, petit-fils et arrière-petit-fils de pêcheurs. Côté maternel, la famille travaille dans le mareyage.  

En 1984, il entre à l’école de pêche. Une année de formation suffit alors avant le premier embarquement, sur le chalutier de son père. À Étaples, les jeunes marins passent simultanément les brevets de commandement et de mécanique. « On estime qu’il faut savoir tout faire, se débrouiller avec son moteur comme à la passerelle. » Une approche de la formation qu’il juge aujourd’hui plus pratique que les cursus actuels, plus longs et davantage tournés vers la théorie.

 

Pourtant, ses trois premières années en mer sont très éprouvantes ; le jeune marin souffre d’un mal de mer particulièrement sévère. “Je passais mes journées à vomir tout en faisant mon travail.” Son père lui conseille d’abandonner. Lui s’accroche. “Je me disais qu’un jour ça finirait par passer.” Le temps lui donne raison, le mal de mer disparaît. Pas l’envie de naviguer.  

Une histoire de famille​

En 1998, son père prend sa retraite, Marc Perrault rachète le bateau familial avec son frère Luc et ensemble, ils poursuivent l’aventure. Ensemble, ils font construire un chalutier neuf en Espagne, un souvenir qu’il garde encore comme l’un des plus marquants de sa carrière. 

  

Mais au fil des années, une lassitude s’installe. “Il y a une période où vous en avez marre de la pêche avec toutes ses contraintes.” Le bateau familial est vendu en 2014 et Marc envisage même une reconversion dans l’offshore pétrolier, avant de finalement reprendre ses études sur les conseils de son frère. Ce qui devait être une transition devient finalement un nouveau départ. Au contact d’autres professionnels, il retrouve progressivement l’envie de naviguer et de découvrir de nouvelles pratiques : “J’avais soif d’apprendre, de voir d’autres choses.” 

C’est dans cette perspective de diversification que les deux frères tentent l’aventure du bulot sur un catamaran. L’expérience est de courte durée. Très vite, Marc Perrault comprend que cette pêche ne lui correspond pas. “Ce qui me plaît, c’est la recherche du poisson. J’avais besoin de cette part de chasse.” Le bateau est finalement transmis à un jeune patron que les deux frères accompagnent le temps qu’il puisse financer en totalité le bateau. Marc, lui, prend alors le chemin de la grande pêche tandis que Luc reste dans la pêche artisanale. 

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« Ce qui me plaît, c’est la recherche du poisson. J'avais besoin de cette part de chasse. »
Marc PERRAULT

Une mer, plusieurs métiers

Ce qui frappe chez Marc Perrault, c’est la constance d’une méthode. Partout où il passe, chez Euronor, chez Le Garrec et chez Scannapieco comme baliseur aux Seychelles chargé de repérer les bancs de thons pour les senneurs, ou comme capitaine d’armement à terre chez Favrou, supervisant 13 bateaux, à chaque changement, il accepte de redevenir débutant. Tous les embarquements sont un nouvel apprentissage. Cibler de nouvelles espèces, maîtriser de nouvelles techniques de pêche, utiliser de nouveaux équipements. Il découvre ainsi les radars à oiseaux et les sonars spécialisés, des outils capables pour le premier de repérer les oiseaux marins qui signalent la présence de bancs de poissons en surface et pour le second d’évaluer la présence et la densité des poissons sous l’eau. Il se familiarise également avec le Scantrol, un système d’aide à la pêche en bœuf qui permet aux deux chalutiers de contrôler en temps réel l’ouverture et le comportement du chalut, afin de maintenir une pêche plus précise et mieux maîtrisée.

Pour Marc, ces innovations ont profondément transformé le métier : elles permettent de mieux cibler les zones de pêche, d’améliorer les performances des navires et de limiter les pertes de matériel. Une modernisation qu’il juge néanmoins inachevée, la flotte française restant globalement vieillissante en comparaison des flottes nordiques qui continuent d’investir et de se renouveler.

©Marc Perrault

Défendre la profession ​

Marc Perrault ne s’engage pas seulement en mer. Entre deux embarquements, il a aussi présidé le comité local des pêches de Boulogne dans les années 2010, l’instance qui représente les marins-pêcheurs du territoire. Il y porte leur voix auprès des pouvoirs publics et contribue à la gestion locale des ressources et des activités de pêche. Il est à la même période président de la caisse d’intempéries et administrateur au sein des structures de la Coopérative Maritime Etaploise. Des réunions le samedi, parfois le dimanche. En parallèle, il continue à faire tourner l’entreprise avec son frère : comptabilité, factures, gestion des équipages, préparation des marées.

Au fil des années, il se heurte aux limites du dialogue entre les pêcheurs et les institutions. “Avant de mettre quelque chose en place, tout prend un temps fou.Il se souvient notamment d’un reportage tourné à bord de son bateau. En quelques mètres, il montre à la caméra la frontière entre deux zones de pêche : d’un côté, le cabillaud peut être débarqué ; de l’autre, il doit être rejeté. Quelques instants plus tard, un avis scientifique attribue le déclin de l’espèce à la surpêche.J’ai compris que la voix du pêcheur n’est jamais vraiment entendue. C’est toujours le scientifique qui a raison.” Pour Marc Perrault, le réchauffement des eaux modifie aussi la répartition des espèces. Il explique : on pêche du bar, de l’encornet, du rouget, des espèces qu’on ne voyait pas avant. “Pourquoi les pêcheurs auraient-ils détruit le cabillaud et pas les autres stocks ? » 

Pourtant, il insiste sur le fait qu’il ne remet pas en cause la recherche scientifique. Au contraire, il embarque régulièrement des scientifiques à bord, participe à des campagnes d’observation et ouvre son bateau à des journalistes. “On est prêts à collaborer. On partage nos observations, nos données, notre expérience du terrain. Le pêcheur connaît la mer parce qu’il y est tous les jours.” argue-t-il, convaincu que les marins-pêcheurs ont toute leur place dans la connaissance et la gestion du milieu marin.

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« Pourquoi les pêcheurs auraient-ils détruit le cabillaud et pas les autres stocks ? »
Marc PERRAULT

Un métier d'observateur

A ses yeux, c’est peut-être cela qui définit le mieux la profession : “Le métier de marin-pêcheur, c’est un métier d’observateur ». Observer les poissons, les oiseaux, la direction du vent, la météo, les courants, le matériel, les équipes et ce qui se fait dans les autres pays. 

 

Quarante ans passés à observer la mer donnent une légitimité que peu d’acteurs du débat sur la pêche peuvent revendiquer. Ce n’est pas une opinion qu’il défend, mais une expérience accumulée jour après jour, et c’est précisément ce regard-là que la profession peine à faire entendre.

 

Retraité début janvier 2024, Marc Perrault est pourtant reparti quelques semaines plus tard. Comme second chez Cap Bourbon, cette fois, sur le Cap Kersaint, à La Réunion. Trois mois en mer, trois mois à terre. Le statut a changé, il est désormais salarié, mais le goût du large, lui, demeure. « C’est un beau métier. Si demain on me redonne 16 ans, je le referais. Peut-être plus vite vers la grande pêche. Mais je le referais. »

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