Newsletter FTP
Je veux recevoir la newsletter France Terre de Pêches

Comprendre la pêche artisanale en France

Filet maillant au Cap d'Agde © Henri Comte
“Pêche artisanale” et “petite pêche”… des appellations familières difficiles à définir précisément. Et pourtant, en France comme dans de nombreux pays côtiers, ces pratiques jouent un rôle important : elles soutiennent l’économie des territoires littoraux, garantissent une partie des approvisionnements français, notamment sur certaines espèces à forte valeur commerciale, et participent à l’activité de nombreuses communautés côtières.

Une réalité plurielle, bien plus complexe qu’un bateau de 12 mètres

En 2022, l’Assemblée générale des Nations Unies déclarait l’Année internationale de la pêche et de l’aquaculture artisanales » (AIPAA 2022). Elle soulignait à cette occasion qu’il n’existe pas de définition universelle de la « petite pêche », de la « petite aquaculture », ou encore de la « pêche  artisanale ».

Si elle recouvre différentes réalités selon les pays, quelques dénominateurs communs émergent cependant, permettant ainsi de caractériser la pêche artisanale. 65% des pays la définissent selon la taille des embarcations, qui doit être inférieure à 15 mètres[1]. D’autres se basent sur leur tonnage de jauge brute, leur puissance motrice ou encore le type d’engins utilisés. Pour l’Union Européenne, la pêche artisanale concerne les navires de moins de 12 mètres et exclut les arts traînants… mais encore une fois, cela ne relève pas d’une définition universelle.

Lors de l’AIPAA 2022, les Nations Unies ont précisé que les termes « petite pêche » et « pêche artisanale » décrivent la pêche réalisée :

  • dans des unités de production de taille réduite,
  • avec des volumes de production relativement faibles,
  • un usage limité de la technologie,
  • et peu d’investissements en capital.

Ces activités sont souvent gérées à l’échelle familiale, parfois avec l’aide d’un peu de personnel, ou par une communauté. Les captures sont vendues sur les marchés locaux, en criée ou directement auprès des consommateurs via la vente directe.

Ce n’est donc pas un cadre figé, mais un ensemble de pratiques enracinées dans des territoires, des savoir-faire, des saisons.

 

Des pratiques de pêche adaptées aux zones de pêche et aux espèces ciblées

La petite pêche française ne constitue pas un bloc homogène : elle reflète la diversité des zones de pêche et des espèces.

 

En Atlantique et Manche : 

  • filets maillants pour soles, merlu, raies et bars,
  • casiers à seiches, homards ou crevettes,
  • lignes pour le bar ou le lieu,
  • pots à poulpe,
  • dragues à coquilles Saint Jacques,
  • chaluts à langoustines.

 

En Méditerranée :

  • pêche au thon à la ligne,
  • petits métiers polyvalents ciblant rougets, daurades et poissons bleus,
  • palangres de fond,
  • nasses traditionnelles.

Des pratiques de pêche aux impacts variables selon les territoires

Comme toute activité liée à l’exploitation des ressources naturelles, les impacts de la « petite pêche » varient selon les pratiques, les espèces ciblées et les zones concernées.

Les caractéristiques de cette pêche (navires de petite taille, sorties plus courtes et proximité des zones de pêche) peuvent contribuer à limiter certains impacts environnementaux et énergétiques. En revanche, leur pression peut être plus concentrée localement.

Proches de leurs zones de pêche, de nombreux professionnels ont développé des pratiques de gestion adaptées : tailles minimales supérieures à la réglementation, repos biologiques volontaires, zones de cantonnement, pratiques plus sélectives, ou encore des restrictions d’effort de pêche (Pour en savoir plus : écouter notre épisode de podcast La pêche durable, quand protéger ne veut pas dire interdire).

Ces modèles reposent aussi sur une logique de valorisation des captures : faibles volumes mais meilleure valorisation commerciale, diversité des espèces débarquées et maintien d’emplois littoraux peu délocalisables.

Une filière résiliente face aux évolutions du secteur

Comme l’ensemble du secteur halieutique, la petite pêche a été confrontée ces dernières années à de nombreuses perturbations : Brexit, crise sanitaire, hausse des coûts de l’énergie ou encore effets du changement climatique. Malgré ces défis, elle a démontré une réelle capacité d’adaptation, portée par sa diversité de pratiques, son ancrage territorial et la proximité de ses marchés.

La pêche artisanale a toujours fait partie intégrante des organisations professionnelles et des dispositifs de gestion des pêches. Les pêcheurs participent ainsi, aux côtés des autres acteurs de la filière, à la mise en œuvre des mesures visant à concilier activité économique et gestion durable des ressources.

 

Certaines initiatives de valorisation se développent également, comme la vente directe, les circuits courts ou les démarches de labellisation, offrant aux consommateurs une meilleure visibilité sur l’origine des produits tout en renforçant la valeur ajoutée de certaines productions.

Une place spécifique dans la filière halieutique française

La pêche artisanale française ne constitue ni un reliquat du passé ni une solution unique pour l’avenir de la filière. Elle représente un segment spécifique de la pêche française, avec ses forces, ses contraintes et ses débouchés propres. Dans un paysage halieutique confronté aux enjeux climatiques, énergétiques et alimentaires, son rôle demeure essentiel aux côtés des autres formes de pêche.

 

Elle contribue notamment :

  • à une part des approvisionnement alimentaires français
  • à un accès à des produits de haute qualité
  • à la préservation de savoir-faire transmis de génération en génération
  • à une vitalité économique et sociale des ports et des communes côtières.

 

Son fonctionnement repose largement sur la fraîcheur des produits, la proximité avec les zones de débarquement, la diversité des espèces proposées et un fort ancrage territorial. La protéger et la valoriser revient donc à préserver un segment de pêche particulièrement ancré dans les territoires et complémentaire d’autres formes de production halieutique.

 

Pour autant, la pêche artisanale ne couvre pas les mêmes marchés ni les mêmes volumes que les flottilles hauturières ou lointaines. Les différentes formes de pêche répondent à des usages complémentaires : approvisionnement des marchés, transformation, exportation, circuits courts ou valorisation d’espèces à forte valeur ajoutée.

La pêche artisanale occupe ainsi une place particulière dans le modèle halieutique français. Ancrée dans les territoires côtiers et tournée vers des volumes plus réduits et des marchés de valorisation, elle complète les autres segments de la filière sans pouvoir s’y substituer.

[1] Chuenpagdee et al., editors (2006) Bottom-up, global estimates of small-scale marine fisheries catches. Fisheries Centre Research Reports 14 (8). University of British Columbia, Vancouver (Canada). 112 p.

Plus de sujets