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Rapport FORESEA 2050 : poser les jalons de la pêche durable de demain

© SATHOAN

Construire aujourd'hui la pêche de demain

Quelle sera la place de la pêche maritime dans la consommation du futur ? Alors que les activités humaines exercent une pression croissante sur les écosystèmes marins, la question de l’avenir de la pêche se pose avec acuité. Comment continuer à nourrir les populations tout en préservant l’équilibre des océans ? C’est précisément l’ambition du rapport FORESEA 2050, qui dresse un état des lieux de la production et de la consommation de produits de la mer en France et propose des scénarios pour l’avenir de ses filières halieutiques et aquacoles. L’objectif n’étant pas de prédire la pêche de demain mais bien d’identifier des scénarios possibles pour le futur.

Le rapport FORESEA : une démarche prospective inédite

Conduit de 2021 à 2024 grâce au soutien de l’appel à projets OCEANS2100 lancé par la direction scientifique d’Ifremer, le projet FORESEA 2050 a réuni près de quarante chercheurs issus de l’Ifremer et de partenaires en France et à l’étranger.

Ce travail collectif mobilise plusieurs disciplines : l’écologie, les sciences sociales, ou encore l’économie. Il dresse un état des lieux rétrospectif et actuel des activités des filières halieutique et aquacole en France, tout en élaborant des scénarios prospectifs quant à leur rôle dans la sécurité alimentaire nationale à horizon 2050. Pas moins de cinq scénarios ont été étudiés par ces scientifiques.

 

Quelques données éclairantes sur les consommateurs français

Les habitudes alimentaires, la perception du secteur et la confiance accordée aux produits de la pêche et de l’aquaculture jouent un rôle décisif dans l’évolution des filières. FORESEA 2050 met en avant plusieurs éléments clés :

 

Profil des consommateurs : l’étude des évolutions de 2005 à 2020 montrent que les poissons frais restent « surconsommés » par les ménages aisés et « sous consommés » par les ménages modestes et jeunes.

 

Poissons : 4 espèces dominent largement la consommation en France
Thons, Saumon, Cabillaud, Lieu d’Alaska
À elles seules, elles représentent près de 50 % de la consommation totale de poissons.

La consommation reste donc majoritairement issue de l’aquaculture ou de produits de la pêche importés de pays tiers.

 

Labels : les Français choisissent d’abord la « qualité »

Sur un ensemble de 9 critères de labellisation proposés, plus de 50% des Français choisissent un label « qualité » (parmi des critères comme : « origine France », « santé », un « écolabel », le « label bien-être »).

Les jeunes (- 34 ans) sont prêts à payer plus cher un produit avec un « écolabel », là où la population plus âgée est prête à payer plus cher un produit avec un label « sans risque santé » (self oriented).

Scale down
« Certains scénarios peuvent paraître « extrêmes » aujourd’hui, mais l’histoire récente a montré que l’improbable ne pouvait être exclu. »
Rapport FORESEA 2050

Une large palette de scénarios

Le rapport le rappelle, « certains scénarios peuvent paraître « extrêmes » aujourd’hui, mais l’histoire récente a montré que l’improbable ne pouvait être exclu ». Les scénarios proposés dans le rapport sont volontairement contrastés :

 

Scénario du déclin de la pêche par inertie

Alors que l’énergie carbonée coûte de plus en plus cher, les pouvoirs publics mènent une politique peu ambitieuse face au réchauffement climatique. L’offre de pêche et d’aquaculture diminue nettement en France en raison d’une dégradation des écosystèmes marins. Parallèlement à cela, les produits de la mer sont de moins en moins consommés par les jeunes générations. Les filières sont moins attractives du fait des conflits d’usage sur le littoral, et sont régulièrement soutenues par l’État en période de crise.

 

Scénario du chaos et repli national

Dans ce scénario, l’État renonce à diversifier son mix énergétique et cherche uniquement à maintenir sa croissance économique. Ce choix se fait au détriment des politiques de lutte contre le dérèglement climatique. Conséquence : les écosystèmes marins se détériorent fortement et la filière pêche perd en attractivité. La perception du secteur se dégrade également, ce qui entraîne avec elle une forte baisse de la consommation.

 

Scénario du choix de la sobriété

Un sursaut collectif entraîne une prise de conscience des citoyens et des pouvoirs publics sur la situation environnementale. Aussi, des engagements structurants sont pris avec, à la clé, une diminution substantielle des émissions de gaz à effet de serre. À l’échelle du secteur, des efforts importants sont réalisés. Tout d’abord, l’usage de technologies plus sobres encourage des modes de production durables. Par ailleurs, les accords de pêches passés avec les pays du Sud sont annulés pour permettre aux pays concernés d’exploiter leurs ressources locales. Enfin, la consommation baisse du fait de la prééminence de la sobriété et les écosystèmes sont exploités de façon durable.

 

Scénario du pari technologique et libéral

Ce scénario se structure autour de l’avènement d’une technologie de rupture, la fusion nucléaire en 2040 laquelle s’accompagne du développement des énergies renouvelables.
Une seconde « surprise » caractérise ce scénario : le dérèglement climatique a un effet positif, du moins temporairement, sur les ressources de pêche nationales, du fait de l’arrivée d’espèces exotiques. Conséquence, la production augmente.  De son côté, l’État subordonne les aides publiques à la diminution de l’empreinte carbone des filières. Leur attractivité augmente et les consommateurs ont une opinion positive du secteur.


Scénario de la sortie des fossiles à marche forcée

Face au chaos provoqué par le contrôle des énergies fossiles par des régimes autoritaires (conflits, hausse des prix), les États réduisent leur dépendance et accélèrent la transition vers les énergies renouvelables. En France, après une crise sociale, les pouvoirs publics soutiennent les pratiques de pêche et d’aquaculture les moins émettrices de gaz à effet de serre. Cela contribue à préserver les habitats aquatiques et à stabiliser les ressources. La filière, devenue plus sobre, bénéficie d’une meilleure image, tandis que les produits de la mer conservent leur statut d’« aliments santé ».

 

Derrière ces scénarios, un point ressort clairement : la pêche n’est pas seulement une activité économique ; elle se situe à la croisée de plusieurs enjeux majeurs : sécurité alimentaire, souveraineté, transition énergétique, attractivité des métiers, préservation de la biodiversité… Ce rapport nous rappelle donc que les filières devront évoluer dans un monde où le coût de l’énergie restera un facteur déterminant, les écosystèmes seront soumis à des transformations profondes, la confiance des consommateurs sera une condition clé de stabilité et la concurrence sera plus intense.

Une volonté d’éclairer les pouvoirs publics

Si la dimension prospective du rapport est essentielle, ce dernier offre également des outils aux décideurs pour agir dès maintenant au service d’une pêche plus durable et résiliente.

Les experts ayant contribué à ces travaux ont ainsi identifié des « mesures sans regret », autrement dit des choix stratégiques bénéfiques quel que soit le scénario qui viendrait à se concrétiser.

 

Les 5 « mesures sans regret » identifiées par les chercheurs :

 

  1. Planifier l’espace marin, autrement dit organiser l’utilisation des mers et des océans de façon coordonnée et durable entre les pays, pour limiter les effets antagonistes et favoriser la synergie entre activités.
  1. Gérer les pêcheries comme des composantes des écosystèmes, c’est-à-dire aller au-delà d’une approche centrée uniquement sur le rendement maximal durable pour prendre en compte le fonctionnement global de l’écosystème marin dont elles dépendent.
  1. Adapter la consommation de produits de la mer à une production locale, durable et diversifiée.
  1. Réduire les émissions/ renforcer les puits de gaz à effet de serre.
  1. Développer la recherche publique en favorisant l’interdisciplinarité face à des enjeux de connaissances complexes.

 

 

Depuis toujours la pêche nourrit les populations. Pour conserver cette dimension nourricière, sa durabilité doit être renforcée. Les auteurs du rapport placent leurs espoirs dans une action concertée des pouvoirs publics entre d’une part des mesures de gestion et d’orientation du secteur et un développement accru de la recherche pour mieux comprendre l’évolution des écosystèmes. Des chantiers d’envergure et ambitieux qui doivent, pour pleinement produire leurs effets, mobiliser l’ensemble des filières et être conduits à l’échelle mondiale.

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