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Reconversion : devenir marin-pêcheur

Crédits Photos ©Agence Oblique/Cyril Marcilhacy

Changer de cap : ces femmes et ces hommes qui se reconvertissent en marins-pêcheurs

Chaque année, près d’un quart des nouveaux inscrits au régime des marins sont des personnes issues de la reconversion professionnelle (source : Enim – Observatoire de la pêche 2023). Preuve que le métier de marin-pêcheur séduit bien au-delà des héritiers de la filière. Plus besoin d’être né(e) les pieds dans l’eau : la passion de la mer peut surgir sur le tard. Pour peu qu’on ait l’énergie, le goût du concret et du grand air, il est possible de changer de vie. C’est le choix – issu d’un même besoin de réancrage – qu’ont fait Marie-Laure et Benjamin, accompagnés par Cap Avenir, une association de professionnels du secteur de la Pêche et des Cultures Marines spécialisée dans l’accompagnement vers les métiers de la mer. Témoignage.

L’appel du large

Ni Marie-Laure, ni Benjamin ne se voyaient marins-pêcheurs. Et pourtant. Tous deux ont ressenti un besoin de reconversion, nourri par un désir d’espace, de concret, et un lien profond avec la mer. Lui, ancien militaire dans la Marine Nationale, reconverti brièvement dans la vente automobile ; elle, ex-assistante maternelle en quête de renouveau après un accident de la vie. « J’avais envie de retourner dehors, de retrouver l’eau après trois ans dans un showroom climatisé », confie Benjamin après qu’un deuil familial a remis ses priorités en question.

 

Pour Marie-Laure, c’est son mari, déjà pêcheur, qui l’encourage à monter à bord. « Au départ, c’était juste pour l’aider. Mais je me suis dit que, tant qu’à faire, autant me former et participer pour de vrai. »

Ils franchissent le pas grâce au dispositif de “marée découverte”, proposé par Cap Avenir. Une semaine en mer, en conditions réelles. Le stage agit comme un révélateur. Benjamin embarque sur un bateau professionnel : « J’ai passé huit jours en mer grâce à une convention de stage montée avec Cap Avenir. J’ai vu la pêche à la coquille Saint-Jacques, la pêche au casier… et surtout, j’ai compris que c’était ça que je voulais faire », raconte Benjamin. Marie-Laure, elle, a déjà de l’expérience à bord du bateau de son mari, mais son intérêt pour la pêche se confirme : « Il faut tester en conditions réelles. Ce n’est pas parce qu’on aime la mer qu’on supporte la fatigue ou le tangage. »

 

Cette expérience de terrain, courte mais intense, ancre leur projet de reconversion et les prépare à franchir le pas.

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Marie-Laure, marin-pêcheur formée au sein de Cap Avenir

La découverte d’un métier exigeant, mais stimulant

Avant d’embarquer, chaque futur matelot suit une semaine de formation à la sécurité. Cap Avenir les accompagne sur tous les plans : dossier administratif, mise en relation avec des patrons, suivi personnalisé. « Sans eux, je n’aurais pas su par où commencer », confie Benjamin.

Puis vient le quotidien du métier : lever en pleine nuit, pêche rythmée, tri, nettoyage. Benjamin explique : « Une heure de drague, puis deux à trois heures de tri, livraison à la criée… On travaille dur, mais c’est concret et structuré. » Marie-Laure et lui ont tous deux fait le choix de suivre la formation en alternance. Combinant théorie et pratique, elle leur permet de suivre les cours du lycée maritime de Paimpol tout en cumulant de l’expérience pratique à bord. Les difficultés ne sont pas absentes : conditions météo, mal de mer, fatigue physique… « J’ai failli perdre un doigt une fois, confie Marie-Laure. On travaille avec des dragues, des câbles, de l’hydraulique… Il faut être hyper vigilant. »

 

Benjamin renchérit : « Ancien de la Marine nationale, j’avais connu la tempête, mais là, c’est autre chose. Les embruns à l’horizontale, le froid, la houle… Mais je m’y suis habitué, et j’adore cette vie. »

Se projeter dans un avenir maritime

Si Marie-Laure et Benjamin sont encore en formation, leur projection dans le métier ne laisse pas place au doute : tous deux veulent s’inscrire durablement dans la pêche professionnelle. Mais ce qui les motive autant que la perspective d’évolution, c’est la richesse humaine et la simplicité du milieu.

 

Benjamin se sent aligné avec ce nouveau mode de vie : « On bosse dur, mais on est entouré de gens francs, solidaires, habitués à faire face ensemble. Il y a une vraie entraide dans le métier et ça fait du bien. » Sur le pont comme à quai, les échanges sont fréquents. « On papote, on rigole, on s’entraide. Ce n’est pas une atmosphère de bureau, c’est bien plus vivant. », insiste-t-il. 

 

Marie-Laure confirme : « Même si on est concentrés pendant les manœuvres, il y a toujours un mot, une blague. Et quand quelqu’un est nouveau, tout le monde le guide. » Elle décrit une ambiance d’équipe où chacun veille sur les autres : « On a l’œil sur les collègues, sur les gestes, sur les risques. On ne laisse jamais quelqu’un seul. »

 

À bord, les rôles sont bien répartis et l’expérience s’acquiert naturellement. Côté projets, Benjamin envisage à terme de devenir patron de son propre bateau : « Ce serait l’occasion de transmettre à mon tour, de former des jeunes. » Marie-Laure, elle, veut continuer à alterner pêche côtière et pêche touristique. « L’été, on montre le métier aux curieux : les gens sont fascinés. Ça valorise ce qu’on fait. »

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« On bosse dur, mais on est entouré de gens francs, solidaires. (...) Il y a une vraie entraide dans le métier et ça fait du bien. »
Benjamin

Conseils aux futurs marins

Leur premier conseil ? Ne pas se lancer sans avoir testé. « Il faut vivre une vraie sortie en mer, par beau temps comme par mauvais temps. La marée découverte, c’est une étape indispensable », insiste Marie-Laure.

 

Et à ce titre, les professionnels regrettent les lourdeurs et les difficultés administratives sans nombre qui rendent cette expérience si compliquée à mettre en place.

 

Deuxième conseil : on ne rigole pas avec la sécurité à bord. Benjamin explique : « La moindre erreur peut coûter cher. C’est pour ça qu’on est tous attentifs les uns aux autres. On est dans le même bateau, au sens propre comme au figuré. »

 

Mais la récompense est à la hauteur des efforts. Tous deux insistent sur l’équilibre qu’offre ce métier, bien loin des clichés. « On finit tôt, on rentre à la maison. Et on garde une liberté dans l’organisation de notre vie », souligne Benjamin. « Je suis à la maison tous les jours. Je passe mes après-midis avec mes enfants. C’est plus stable qu’avant, en concession automobile. » Marie-Laure renchérit : « J’étais isolée chez moi quand j’étais assistante maternelle. Franchement, j’ai plus de qualité de vie aujourd’hui qu’avant. Je suis dehors, je suis utile, je suis vivante. »

 

Le regard porté sur l’avenir est confiant. « Il y aura toujours besoin de pêche. L’important, c’est de continuer à faire les choses bien, et à s’adapter », concluent nos deux marins-pêcheurs.

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Benjamin, marin-pêcheur formé au sein de Cap Avenir

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